Il grimpait rapidement, sur ces branches aériennes, comme un véritable singe. Le peuple, sous-jacent, l’observait avec admiration. Pas un bruit de foule, juste le bruissement des feuilles agitées par le passage de l’enfant équilibriste. Son spectacle d’affirmation était d’une beauté extraordinaire. Toujours plus haut, vers le ciel, comme un oisillon apprend à s’envoler, il monte sans difficulté. Les hommes, en dessous, s’étaient relevés d’admiration. Une fois arrivé en haut, le petit oiseau se perche. Au bout de quelques minutes, la foule s’inquiète. Redescendra-t-il ?
Quelques jours auparavant, l’enfant apprenait juste à marcher. Personne alors ne soupçonnait qu’il pourrait, lui, petit être, grimper avec tant d’agilité sur le seul arbre de la région. Personne, ici, ne pourrait effectuer une telle performance physique. Mais, prise de stupeur lorsque l’enfant toucha la cime, la foule avait le souffle court, les yeux rivés sur lui qui, à cet instant, s’engagea sur la voie de la mystification. En quelques secondes, sa condition changea. En quelques jours, tout le monde l’adorait. En quelques mois, il était déifié. Car il n’était toujours pas descendu. N’avait-il pas affirmé, avant de s’envoler, que s’il arrivait au sommet de l’arbre, il ne le quitterait plus ? Ne l’avait-on pas, alors, pris au sérieux ? Qui peut être plus sérieux qu’un enfant ? Auparavant, cet arbre éveillait les craintes de la hauteur, de la puissance. Désormais, le seul arbre visible à des lieues à la ronde était le site consacré d’un peuple entier. L’enfant a pris possession de sa force en faisant de l’unique arbre sa conquête, sa maison, son symbole.
Il était seul, subsistait des offrandes du peuple, perché sur sa branche, il avait fait son nid. Personne ne le rejoignit. Pourtant, il était comme les autres, aussi capable. Enfermé dans son mythe, il ne pouvait redescendre de sa cime au statut d’homme esseulé qu’il était véritablement. Il ne pouvait, maintenant engagé depuis de nombreuses années dans l’enchevêtrement des croyances et de la religion, donner au peuple entier le désespoir qui l’emplissait. Chaque jour devenait une torture. Voir ces gens s’agiter sous ses pieds le hantait. Le bonheur de fouler la terre, courir dans les hautes herbes séchées par le brûlant soleil lui manquait terriblement. Au fil du temps, lassé de sa vision dévastatrice de l’univers, il creusa le cœur de l’arbre. Au bout de quelques jours, il disparût dans le tronc, soulagé de l’étrange lumière solaire.
Jamais il ne revit le ciel, ni son peuple, mais rien ne le chagrinait plus que cette magnifique Terre. Celle qu’il observait tous les jours, toutes les nuits, oppressé par le silence cérémonieux qui entourait son existence. Maintenant, il vit en Terre. Gaïa notre puissance, il la ressent en lui, mais il ne la regardera plus jamais.
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