Texte libre


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Images aléatoires

Mercredi 25 avril 2007

Peut-être ne comprenez-vous pas de quoi je parle. Peut-être n'avez vous aucun souvenir de cette période historique. Si c'est le cas, cela signifie que mes actions n'ont rien changé. Alors pour vous aider, je vais vous raconter. J'espère alors que mon histoire vous apprendra dans quelle situation vous êtes.


Cela fait trente ans maintenant que le monde a été bouleversé par une poignée de gens qui ont pris le pouvoir par un coup d'Etat. Dès lors, chaque personne réfractaire au nouveau système était tuée. Au début, c'était la panique. Mais rapidement, des dizaines de personnes se sont résignées. Au bout de six mois, la répression était tellement forte que quelques milliers de personnes ont prêté allégeance à ce système. Mes parents en font partie. Alors la main d'oeuvre ne manquait plus pour assurer au pouvoir sa place. Des équipes ont été formées en assassinat et en torture. Dès lors, les cadavres dans la rue faisaient partie du paysage. J'ai été élevée avec cette doctrine, et mes parents m'ont embrigadé. Certainement pour mon bien, pour pas que je finisse inerte, pourrissante au milieu du trottoir. J'ai suivi les formations de nettoyage. Au début, je ne comprenais pas véritablement de quoi il s'agissait. C'était pour moi comme un jeu, et les cours étaient d'ailleurs présentés comme tels. J'avais alors cinq ans. J'ai réalisé ce à quoi j'étais vouée le jour où mon père est mort, souvenez-vous, je vous ai déjà raconté.


J'ai décidé une chose en mon fort intérieur. Il fallait, à l'époque, que je le garde pour moi, que je ne me trahisse pas. J'ai compris, quand j'ai commencer à travailler, que le seul et unique moyen de contrer cette dictature, c'était de jouer avec elle comme ils jouent avec moi. Tout était contrôlé. Des flopées de tests de loyauté étaient réalisés sur chaque personne travaillant pour le pouvoir, du simple balayeur jusqu'au bras-droit de l'homme qui contrôlait tout. Pour réduire ce système affreux au simple souvenir, il fallait que j'atteigne ce poste. De fait, je devais être parfaite dans ce que je faisais, et dans ce que je pensais. Ce fut un énorme travail sur moi-même. La nuit, j'exécutais les ordres de mes supérieurs, et le jour je m'entraînais aux tests de loyauté afin qu'ils soient parfaits. A tel point que j'ai failli, par moments, me résigner à être ce que je voulais paraître. Mais la main du petit garçon était toujours là pour me remettre dans le droit chemin.

Dans les premières années, j'ai pu monter les échelons rapidement. Mais plus on prend de l'importance, plus c'est dur d'en prendre encore plus. Alors le rythme s'est ralenti. J'ai cru que je n'y arriverai jamais. Je tuais tous les jours un peu plus de résistants, mais aussi des malades, des handicapés. Pour chacun d'eux, la douleur était grandissante. Chaque visage est resté gravé dans ma tête. Je m'étais promis que je les vengerais, et il faut tenir ses promesses. Aux yeux de ceux que je voulais aider, j'étais redoutable. Moi-même, je haïssais le camp dans lequel j'étais officiellement. Pendant des dizaines d'années, je me sentais seule à l'extrême. Malgré tout, je ferais tout pour arriver au bout de mes convictions. Car pour moi, les convictions d'un homme dictent sa vie.

 

Par Estelle Mathieu - Publié dans : Créations
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Dimanche 21 janvier 2007

Je m’enfonçai de plus en plus loin dans la ruelle, l’obscurité oppressante me comprimait la cage thoracique et mes jambes, lourdes, me faisaient avancer doucement. Trop doucement. Les râles des hommes, désespérés, assourdissaient mes oreilles, et j’oubliai pourquoi j’étais ici. De nombreuses fois, ma canne heurta un bras, une jambe, et provoquait une émeute dont j’arrivai à sortir rapidement, mon agilité me permettant de me mettre à l’abri. Les quelques reniés se battant dans mon dos me rappelèrent soudain une scène de mon enfance. Le garçon aux yeux tristes m’avait pris la main, ici, pour me faire ressentir plus profondément encore sa détresse. C’est ce détail qui me fit réaliser la bassesse de ma destinée. A cet instant, j’avais voulu parti avec lui, aider à l’insurrection, militer pour la liberté d’un peuple méritant. Je l’aurais suivi partout. J’avais trouvé un compagnon, si personne ne s’était interposé à cet instant. Un hurlement, ma mère, choquée, qui me força à lâcher cette main que j’emmènerai avec moi dans mon cœur. Cette main, symbole de vie. Depuis, j’ai renoncé à mon rêve vagabond, je tue ces gens avec qui j’avais eu la brève occasion de refaire le monde. Ces gens qui ont le courage de nourrir encore en eux de lourdes pensées révolutionnaires.

Alors que l’obscurité, poursuivant la conquête de mon être, envahissait ma tête alourdie par le poids du souvenir, l’envie irrépressible de voir le charbon ardent consumer lentement le cône ocre prenait possession de moi. Le bonheur, la jouissance procurée par ma psyché, l’onde bonifiante se propageant à travers mon corps et mon esprit, cette libération de quelques heures. Plus rien ne me faisait envie. Même l’amour faisait pâle figure face à la passion de la fumée. Le cylindre se consumait lentement maintenant, la lumière ardente se faisait parfois aspirée par le flot de mes pensées. Dès lors, je ressentais le besoin pressant de raviver le feu, de prendre une bouffée d’oxygène supplémentaire quand tout devient noir. L’apothéose, le fin du fin, quand le bonheur se rapproche de l’extase, c’est celle-ci, cette bouffée, la dernière, qui va vous réintroduire lentement jusqu’à la réalité du monde dans lequel vous vivez. Jusqu’au prochain.

Au fil d’une descente lente et tortueuse dans l’enfer de mon être, les souvenirs venaient un à un refaire surface, au bord de l’autoroute cérébrale. Chaque chose prenait son importance, les éléments clés grossis par le temps étaient d’un envahissement agaçant, d’une hautaine présence et les détails s’effaçaient face à cet impétueux dédain qui leur étaient attribué. Et pourtant, ce sont les plus oubliés qui, parfois, sont d’une importance primordiale à l’évolution de votre vie. Ce fût le cas pour moi. Ma vie, ma parodie de chef-d’œuvre, prenait un sens dans les détails. Ma mémoire était en constante activité, mon énergie entière était vouée à retrouver le moindre signe qui puisse me dire que faire, où aller. Depuis des jours déjà, je déambulais dans les rues du vieux Panas, en espérant trouver mon histoire en cherchant celle de cette ville sinistre.

 

Par Estelle Mathieu - Publié dans : Créations
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Dimanche 14 janvier 2007

    Quand j’ai grandi, lors de mes premières révélations, j’ai cru tout d’abord devoir combattre cette masse ingrate de petits dictateurs. Ces gens imbus d’eux-mêmes et de leur pouvoir, faible ou incommensurable, en fonction de leur grade. Ces ignorants, ces profiteurs malsains d’un peuple persécuté, exploité, sous-traité, et cependant bouillonnant d’un instinct de révolution qui laissait présager quelques changements de situations dans les temps à venir.

    Et j’en faisais partie. Partie intégrante de cette population minoritaire et hautaine, dans laquelle j’avais pour objectif vital de supprimer tous ceux qui pourraient provoquer l’insurrection tant redoutée. Tuer de nombreux gens innocents, alors que moi-même, j’avais le sentiment, l’intime conviction que l’avenir résidait dans leurs yeux, dans leur esprit, dans leur combat, mille fois plus noble que le mien, que celui de mon genre, de mon espèce. Je sentais en moi ce besoin oppressant de les aider, mais j’étais moi-même surveillé par les membres de la très haute sphère. Je n’avais pas le droit à l’erreur. Je ne pouvais me permettre le moindre faux pas. Il fallait que chaque jour, chaque heure, chaque instant, mes actes puissent être compris par mes supérieurs comme loyaux et méritant distinction. Il fallait que j’y arrive, que j’aboutisse enfin ce projet de grande envergure. Malgré moi. Il fallait que j’atteigne un des postes les plus influents, afin de pouvoir enfin inverser la tendance en faveur du combat pour lequel j’ai des convictions profondes. Celui qui va à l’encontre de ma façade, à l’encontre de ma famille, à l’encontre de ma naissance. Car depuis toujours, j’ai su que ma réelle destinée n’était pas celle que mes parents m’avaient promise. Ce jour où j’ai lu dans les yeux d’un autre enfant le désespoir, un besoin intense et inassouvi de tendresse, de réconfort. Ces choses que personne ne pourrait plus lui donner, car ce jour, j’ai vu mon père tuer et se faire tuer. L’horreur me tiraillait, la panique envahissait mon être, la soif de vengeance, le goût du sang me montait dans la bouche. Quand j’ai croisé ce regard, les tumultes de mon esprit laissèrent place à une profonde tristesse. Une tristesse que je partageais avec ce garçon, car nous souffrions du même mal. Alors pourquoi le tuer ? Pourquoi me venger sur un être qui vit la même chose que moi parce qu’il est « dans l’autre camp » ? J’ai réalisé alors, à peine âgée de 7 ans, que ce pourquoi mes parents se sont battus, je ne veux pas y croire. En aucune façon.

    Je n’ai jamais démordu de cette conviction. Chaque jour qui passe, ces yeux me rappellent pourquoi je suis là. Chaque jour, ils me demandent pourquoi je tue. Pourquoi je fais souffrir, pourquoi je ne me rebelle pas. Et chaque seconde, ils me culpabilisent. Ils m’en veulent.

 

Par Estelle Mathieu - Publié dans : Créations
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Dimanche 7 janvier 2007

J’errais dans ces quartiers gris, de ruelles en avenues, une canne à la main, l’esprit abandonné aux souvenirs de ce cuisant passé. Pourrai-je en supporter davantage ? Aurai-je la force d’aller plus loin encore, repoussant les limites que je me suis imposée ? Ces questions, reflet de mes aventures mémorables, ne trouveront réponse en moi. C’est en chacun de nous tous que je puise ma force, pour vous, pour votre avenir, meilleur peut-être, différent sûrement. En dédiant mes jours à vous, je n’opérais point de sacrifice. Votre avenir me concerne tout autant que notre passé influence nos actes présents. C’est d’ailleurs grâce - ou à cause ? - de ce passé que j’en suis arrivée à ce que je suis maintenant.

Les réponses sont en chacun de vous, et je ne pourrai les connaître car vous n’êtes plus là. Ai-je fait une erreur ? Serai-je pardonnée de mes crimes ? Impossible, plus personne ne peut. Mais le vrai pardon, celui que j’attends, vient de ma conscience. Aucun effort, juste le temps. Je n’ai rien fait d’immoral, c’est elle, ma morale, enfouie au fond de mon être, qui doit se modeler sur mes actes si je veux vivre et survivre de moi-même. Aucun de mes meurtres, aucune de mes bombes, aucuns de mes nettoyages ne doit m’empêcher de me battre dans mon intégralité pour la cause en laquelle je me suis engagée. Pas un regard de souffrance, d’horreur, de désespoir, pas un regard inexpressif de celui qui a tout perdu, pas un bras tendu incitant l’aide que je me refuse de porter, pas une larme, pas un cri ne doit m’arrêter. Ma conscience et ma morale doivent s’unifier à mes convictions pour que l’intégralité de mon être défende la cause pour laquelle j’ai été créée.

Par Estelle Mathieu - Publié dans : Créations
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Samedi 23 décembre 2006

    Parfois, le besoin d'écrire se fait sentir. A certains moments de la journée, mais particulièrement dès que le soleil se couche, notre tête en ébullition n'attend qu'une chose : mettre les choses au clair. Pour cela, rien n'est plus efficace que la plume et un morceau de papier. Avec l'emballement, plusieurs feuilles se succèdent, pleines de l'encre de votre esprit. Peu à peu, tout s'organise. Puis un doute s'installe. Ecrire ne résoudra pas vos problèmes. Vous en êtes certain. Cependant, vous ne pouvez vous empêcher de continuer. Quelque chose d'immuable vous pousse à vous étendre sur le papier. C'est une finalité. Avez-vous vraiment pensé tout ce que vous avez écrit ? Êtes-vous certains que votre interprétation est juste ? Ou vous vous jouez des tours, à vous-même ? Ce que vous pensez la nuit, est-ce véritablement important ? Est-ce le noir qui vous inspire ? Ne devez-vous pas vous en inquiéter ? Tout devient questions. Et quand il se fait tard, vous ne trouverez sûrement personne pour y répondre. Demain peut-être...

   
    Mais demain est un autre jour, et vous vous résignez à oublier ce dont vous aviez eu peur la veille. Jusqu'à la nuit prochaine. Un jour, vous vous dites, vous prendrez le taureau par les cornes, et assumerez toutes vos pensées, mais aussi tous vos actes. En attendant, vous cherchez à vous justifier. Mais surtout à vous pardonner de ce que vous estimez être un faux pas, ou une pensée mauvaise, malsaine. Nous ne sommes pas des Hommes pour rien. Si vous croyez que Dieu va apaiser vos souffrances, vos tergiversions, il n'en est rien. Vous ne pouvez avoir confiance qu'en vous, qu'en l'Homme. Mais est-ce bien raisonnable ?

    Raison, raison, l'Homme est-il vraiment rationnel ? Doit-il l'être ?
    Bonheur, bonheur, l'Homme est-il heureux ? Peut-il l'être ?
    Peureux, l'Homme l'est-il ? Peut-il en être autrement ?

    Il n'existe aucune réponse, si ce n'est vous. Vous êtes la réponse à vos questions, de toutes sortes. Peut-on l'accepter ? Doit-on ?

Par Estelle Mathieu - Publié dans : Créations
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