Texte libre


J'invite tous les lecteurs de ce blog à réagir aux articles postés.

N'hésitez pas à lire les commentaires, des débats peuvent déjà y être lancés. Vous aurez peut-être votre mot à dire une fois que vous aurez lu les réactions des autres lecteurs. De plus, vous avez le droit de ne pas être d'accord avec mes propos, et ce serait d'autant plus enrichissant que vous exprimiez ce désaccord.
Je suis ouverte à toute collaboration, occasionnelle ou régulière. Si vous voulez écrire sur ce blog, contactez-moi !

Bonne lecture à tous !

Recommander

Recherche

Images aléatoires

  • Gare de Satu Mare, Roumanie
  • Bratislava, Slovaquie
  • Sighisoara, Roumanie
  • Roumanie
  • Moldovita, Roumanie

Créations

Jeudi 21 décembre 2006 4 21 /12 /2006 20:07

    Il grimpait rapidement, sur ces branches aériennes, comme un véritable singe. Le peuple, sous-jacent, l’observait avec admiration. Pas un bruit de foule, juste le bruissement des feuilles agitées par le passage de l’enfant équilibriste. Son spectacle d’affirmation était d’une beauté extraordinaire. Toujours plus haut, vers le ciel, comme un oisillon apprend à s’envoler, il monte sans difficulté. Les hommes, en dessous, s’étaient relevés d’admiration. Une fois arrivé en haut, le petit oiseau se perche. Au bout de quelques minutes, la foule s’inquiète. Redescendra-t-il ?

    Quelques jours auparavant, l’enfant apprenait juste à marcher. Personne alors ne soupçonnait qu’il pourrait, lui, petit être, grimper avec tant d’agilité sur le seul arbre de la région. Personne, ici, ne pourrait effectuer une telle performance physique. Mais, prise de stupeur lorsque l’enfant toucha la cime, la foule avait le souffle court, les yeux rivés sur lui qui, à cet instant, s’engagea sur la voie de la mystification. En quelques secondes, sa condition changea. En quelques jours, tout le monde l’adorait. En quelques mois, il était déifié. Car il n’était toujours pas descendu. N’avait-il pas affirmé, avant de s’envoler, que s’il arrivait au sommet de l’arbre, il ne le quitterait plus ? Ne l’avait-on pas, alors, pris au sérieux ? Qui peut être plus sérieux qu’un enfant ? Auparavant, cet arbre éveillait les craintes de la hauteur, de la puissance. Désormais, le seul arbre visible à des lieues à la ronde était le site consacré d’un peuple entier. L’enfant a pris possession de sa force en faisant de l’unique arbre sa conquête, sa maison, son symbole.

    Il était seul, subsistait des offrandes du peuple, perché sur sa branche, il avait fait son nid. Personne ne le rejoignit. Pourtant, il était comme les autres, aussi capable. Enfermé dans son mythe, il ne pouvait redescendre de sa cime au statut d’homme esseulé qu’il était véritablement. Il ne pouvait, maintenant engagé depuis de nombreuses années dans l’enchevêtrement des croyances et de la religion, donner au peuple entier le désespoir qui l’emplissait. Chaque jour devenait une torture. Voir ces gens s’agiter sous ses pieds le hantait. Le bonheur de fouler la terre, courir dans les hautes herbes séchées par le brûlant soleil lui manquait terriblement. Au fil du temps, lassé de sa vision dévastatrice de l’univers, il creusa le cœur de l’arbre. Au bout de quelques jours, il disparût dans le tronc, soulagé de l’étrange lumière solaire.

    Jamais il ne revit le ciel, ni son peuple, mais rien ne le chagrinait plus que cette magnifique Terre. Celle qu’il observait tous les jours, toutes les nuits, oppressé par le silence cérémonieux qui entourait son existence. Maintenant, il vit en Terre. Gaïa notre puissance, il la ressent en lui, mais il ne la regardera plus jamais.

Par Estelle Mathieu - Publié dans : Créations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 23 décembre 2006 6 23 /12 /2006 17:00

    Parfois, le besoin d'écrire se fait sentir. A certains moments de la journée, mais particulièrement dès que le soleil se couche, notre tête en ébullition n'attend qu'une chose : mettre les choses au clair. Pour cela, rien n'est plus efficace que la plume et un morceau de papier. Avec l'emballement, plusieurs feuilles se succèdent, pleines de l'encre de votre esprit. Peu à peu, tout s'organise. Puis un doute s'installe. Ecrire ne résoudra pas vos problèmes. Vous en êtes certain. Cependant, vous ne pouvez vous empêcher de continuer. Quelque chose d'immuable vous pousse à vous étendre sur le papier. C'est une finalité. Avez-vous vraiment pensé tout ce que vous avez écrit ? Êtes-vous certains que votre interprétation est juste ? Ou vous vous jouez des tours, à vous-même ? Ce que vous pensez la nuit, est-ce véritablement important ? Est-ce le noir qui vous inspire ? Ne devez-vous pas vous en inquiéter ? Tout devient questions. Et quand il se fait tard, vous ne trouverez sûrement personne pour y répondre. Demain peut-être...

   
    Mais demain est un autre jour, et vous vous résignez à oublier ce dont vous aviez eu peur la veille. Jusqu'à la nuit prochaine. Un jour, vous vous dites, vous prendrez le taureau par les cornes, et assumerez toutes vos pensées, mais aussi tous vos actes. En attendant, vous cherchez à vous justifier. Mais surtout à vous pardonner de ce que vous estimez être un faux pas, ou une pensée mauvaise, malsaine. Nous ne sommes pas des Hommes pour rien. Si vous croyez que Dieu va apaiser vos souffrances, vos tergiversions, il n'en est rien. Vous ne pouvez avoir confiance qu'en vous, qu'en l'Homme. Mais est-ce bien raisonnable ?

    Raison, raison, l'Homme est-il vraiment rationnel ? Doit-il l'être ?
    Bonheur, bonheur, l'Homme est-il heureux ? Peut-il l'être ?
    Peureux, l'Homme l'est-il ? Peut-il en être autrement ?

    Il n'existe aucune réponse, si ce n'est vous. Vous êtes la réponse à vos questions, de toutes sortes. Peut-on l'accepter ? Doit-on ?

Par Estelle Mathieu - Publié dans : Créations
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /2007 08:00

J’errais dans ces quartiers gris, de ruelles en avenues, une canne à la main, l’esprit abandonné aux souvenirs de ce cuisant passé. Pourrai-je en supporter davantage ? Aurai-je la force d’aller plus loin encore, repoussant les limites que je me suis imposée ? Ces questions, reflet de mes aventures mémorables, ne trouveront réponse en moi. C’est en chacun de nous tous que je puise ma force, pour vous, pour votre avenir, meilleur peut-être, différent sûrement. En dédiant mes jours à vous, je n’opérais point de sacrifice. Votre avenir me concerne tout autant que notre passé influence nos actes présents. C’est d’ailleurs grâce - ou à cause ? - de ce passé que j’en suis arrivée à ce que je suis maintenant.

Les réponses sont en chacun de vous, et je ne pourrai les connaître car vous n’êtes plus là. Ai-je fait une erreur ? Serai-je pardonnée de mes crimes ? Impossible, plus personne ne peut. Mais le vrai pardon, celui que j’attends, vient de ma conscience. Aucun effort, juste le temps. Je n’ai rien fait d’immoral, c’est elle, ma morale, enfouie au fond de mon être, qui doit se modeler sur mes actes si je veux vivre et survivre de moi-même. Aucun de mes meurtres, aucune de mes bombes, aucuns de mes nettoyages ne doit m’empêcher de me battre dans mon intégralité pour la cause en laquelle je me suis engagée. Pas un regard de souffrance, d’horreur, de désespoir, pas un regard inexpressif de celui qui a tout perdu, pas un bras tendu incitant l’aide que je me refuse de porter, pas une larme, pas un cri ne doit m’arrêter. Ma conscience et ma morale doivent s’unifier à mes convictions pour que l’intégralité de mon être défende la cause pour laquelle j’ai été créée.

Par Estelle Mathieu - Publié dans : Créations
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /2007 16:16

    Quand j’ai grandi, lors de mes premières révélations, j’ai cru tout d’abord devoir combattre cette masse ingrate de petits dictateurs. Ces gens imbus d’eux-mêmes et de leur pouvoir, faible ou incommensurable, en fonction de leur grade. Ces ignorants, ces profiteurs malsains d’un peuple persécuté, exploité, sous-traité, et cependant bouillonnant d’un instinct de révolution qui laissait présager quelques changements de situations dans les temps à venir.

    Et j’en faisais partie. Partie intégrante de cette population minoritaire et hautaine, dans laquelle j’avais pour objectif vital de supprimer tous ceux qui pourraient provoquer l’insurrection tant redoutée. Tuer de nombreux gens innocents, alors que moi-même, j’avais le sentiment, l’intime conviction que l’avenir résidait dans leurs yeux, dans leur esprit, dans leur combat, mille fois plus noble que le mien, que celui de mon genre, de mon espèce. Je sentais en moi ce besoin oppressant de les aider, mais j’étais moi-même surveillé par les membres de la très haute sphère. Je n’avais pas le droit à l’erreur. Je ne pouvais me permettre le moindre faux pas. Il fallait que chaque jour, chaque heure, chaque instant, mes actes puissent être compris par mes supérieurs comme loyaux et méritant distinction. Il fallait que j’y arrive, que j’aboutisse enfin ce projet de grande envergure. Malgré moi. Il fallait que j’atteigne un des postes les plus influents, afin de pouvoir enfin inverser la tendance en faveur du combat pour lequel j’ai des convictions profondes. Celui qui va à l’encontre de ma façade, à l’encontre de ma famille, à l’encontre de ma naissance. Car depuis toujours, j’ai su que ma réelle destinée n’était pas celle que mes parents m’avaient promise. Ce jour où j’ai lu dans les yeux d’un autre enfant le désespoir, un besoin intense et inassouvi de tendresse, de réconfort. Ces choses que personne ne pourrait plus lui donner, car ce jour, j’ai vu mon père tuer et se faire tuer. L’horreur me tiraillait, la panique envahissait mon être, la soif de vengeance, le goût du sang me montait dans la bouche. Quand j’ai croisé ce regard, les tumultes de mon esprit laissèrent place à une profonde tristesse. Une tristesse que je partageais avec ce garçon, car nous souffrions du même mal. Alors pourquoi le tuer ? Pourquoi me venger sur un être qui vit la même chose que moi parce qu’il est « dans l’autre camp » ? J’ai réalisé alors, à peine âgée de 7 ans, que ce pourquoi mes parents se sont battus, je ne veux pas y croire. En aucune façon.

    Je n’ai jamais démordu de cette conviction. Chaque jour qui passe, ces yeux me rappellent pourquoi je suis là. Chaque jour, ils me demandent pourquoi je tue. Pourquoi je fais souffrir, pourquoi je ne me rebelle pas. Et chaque seconde, ils me culpabilisent. Ils m’en veulent.

 

Par Estelle Mathieu - Publié dans : Créations
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 21 janvier 2007 7 21 /01 /2007 12:42

Je m’enfonçai de plus en plus loin dans la ruelle, l’obscurité oppressante me comprimait la cage thoracique et mes jambes, lourdes, me faisaient avancer doucement. Trop doucement. Les râles des hommes, désespérés, assourdissaient mes oreilles, et j’oubliai pourquoi j’étais ici. De nombreuses fois, ma canne heurta un bras, une jambe, et provoquait une émeute dont j’arrivai à sortir rapidement, mon agilité me permettant de me mettre à l’abri. Les quelques reniés se battant dans mon dos me rappelèrent soudain une scène de mon enfance. Le garçon aux yeux tristes m’avait pris la main, ici, pour me faire ressentir plus profondément encore sa détresse. C’est ce détail qui me fit réaliser la bassesse de ma destinée. A cet instant, j’avais voulu parti avec lui, aider à l’insurrection, militer pour la liberté d’un peuple méritant. Je l’aurais suivi partout. J’avais trouvé un compagnon, si personne ne s’était interposé à cet instant. Un hurlement, ma mère, choquée, qui me força à lâcher cette main que j’emmènerai avec moi dans mon cœur. Cette main, symbole de vie. Depuis, j’ai renoncé à mon rêve vagabond, je tue ces gens avec qui j’avais eu la brève occasion de refaire le monde. Ces gens qui ont le courage de nourrir encore en eux de lourdes pensées révolutionnaires.

Alors que l’obscurité, poursuivant la conquête de mon être, envahissait ma tête alourdie par le poids du souvenir, l’envie irrépressible de voir le charbon ardent consumer lentement le cône ocre prenait possession de moi. Le bonheur, la jouissance procurée par ma psyché, l’onde bonifiante se propageant à travers mon corps et mon esprit, cette libération de quelques heures. Plus rien ne me faisait envie. Même l’amour faisait pâle figure face à la passion de la fumée. Le cylindre se consumait lentement maintenant, la lumière ardente se faisait parfois aspirée par le flot de mes pensées. Dès lors, je ressentais le besoin pressant de raviver le feu, de prendre une bouffée d’oxygène supplémentaire quand tout devient noir. L’apothéose, le fin du fin, quand le bonheur se rapproche de l’extase, c’est celle-ci, cette bouffée, la dernière, qui va vous réintroduire lentement jusqu’à la réalité du monde dans lequel vous vivez. Jusqu’au prochain.

Au fil d’une descente lente et tortueuse dans l’enfer de mon être, les souvenirs venaient un à un refaire surface, au bord de l’autoroute cérébrale. Chaque chose prenait son importance, les éléments clés grossis par le temps étaient d’un envahissement agaçant, d’une hautaine présence et les détails s’effaçaient face à cet impétueux dédain qui leur étaient attribué. Et pourtant, ce sont les plus oubliés qui, parfois, sont d’une importance primordiale à l’évolution de votre vie. Ce fût le cas pour moi. Ma vie, ma parodie de chef-d’œuvre, prenait un sens dans les détails. Ma mémoire était en constante activité, mon énergie entière était vouée à retrouver le moindre signe qui puisse me dire que faire, où aller. Depuis des jours déjà, je déambulais dans les rues du vieux Panas, en espérant trouver mon histoire en cherchant celle de cette ville sinistre.

 

Par Estelle Mathieu - Publié dans : Créations
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus