Lors de la création de l'Union Européenne (ou plutôt de son ancêtre, la CECA, puis la CEE), on a défini les frontières de l'Europe ainsi : au sud, la mer Méditerranée, à l'ouest, l'océan Atlantique, au nord la mer du nord, et à l'est, l'Oural. Mais la question n'était pas primordiale à l'époque. Puis les adhésions se sont succédées, et nous sommes maintenant 27 (on peut le dire, ce sera le cas dans moins de deux semaines !). Désormais, l'Union Européenne se rapproche des frontières de l'Europe géographique stricte, et ne sait plus vraiment où s'arrêter. Certains pays, hors de l'Europe, souhaiteraient entrer dans l'UE. La Turquie est première sur la liste, et certainement la plus à même d'y parvenir.
Turquie ou non ?
La question est redondante ces dernières semaines, avec la perspective de l'élargissement à la Roumanie et la Bulgarie. Avec ces deux nouveaux entrants, nous allons (enfin !) relier la Grèce au reste de l'Union Européenne. Mais une frontière plus franche se forme aussi avec la Turquie.
La Turquie est-elle dans l'Europe (géographique) ou dans le Moyen-Orient ? Cette interrogation est insolvable. Istanbul, qui est une des plus grandes villes de Turquie, se trouve bien en Europe, mais 95 % du territoire reste au Moyen-Orient. Mais cette question n'est qu'un subterfuge. En fait, savoir si la Turquie fait ou non partie du Moyen-Orient n'avancera pas le débat. Chypre, qui est entrée dans l'Union en 2004, est une île très proche du Moyen-Orient, et même, très certainement, fait partie de cette région. Pourtant, nous l'avons acceptée. C'est l'histoire commune de Chypre et des pays de l'Union qui a primé. Alors qu'en est-il de l'histoire turque ?
Le monde turc a été (et est toujours !) très présent en Europe, principalement alors que l'empire Ottoman s'étendait sur les Balkans, qui sont en phase d'entrer entièrement dans l'UE. De nombreux échanges commerciaux ont été établis entre les pays de l'Union et la Turquie, notamment puisqu'elle est un passage obligatoire pour accéder au monde oriental.
Pourquoi refuser un pays qui est intimement lié à l'Europe d'aujourd'hui ?
La raison est stratégique. Qui dit stratégie, parle des États-Unis, incontournables sur la scène internationale. En plus d'être liée à l'Europe, la Turquie l'est avec les USA. Ces derniers appuient d'ailleurs fortement sa candidature à l'Union Européenne, afin de prendre pied dans les institutions de Bruxelles. Les Étasuniens ont déjà plusieurs collaborateurs au sein de l'Union, et pas des moindres : la Grande-Bretagne, par exemple, mais aussi plusieurs pays de l'Est, bien que leur fidélité soit encore à prouver.
Alors les derniers ralentissements dans la procédure d'adhésion de la Turquie ne sont pas une surprise. L'Union Européenne avait l'ambition de créer un nouveau poids contre les États-Unis, et elle paie aujourd'hui les adhésions irresponsables qu'elle a autorisées. Comme la Grande Bretagne, qui, tout sourire à Bruxelles, refuse sans conditions la monnaie unique, défend son grand ami étasunien et milite même à ses côtés pour des questions internationales. Quitte à prendre le contre-pied de l'UE, qui n'osera jamais la sanctionner pour son comportement rebelle mal venu. Par ailleurs, c'est la Grande Bretagne qui a obligé l'Union Européenne à faire entrer Chypre, dans un échange de procédés douteux. Ainsi, elle ouvert la porte à la Turquie, poussant l'Union Européenne à l'accepter, faute de motifs raisonnables contre ce fait, mais surtout la menant lentement vers une déstabilisation inexorable.
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