Déroulons le tapis rouge au vote utile. Voilà ce qui ressort du résultat du premier tour des présidentielles. Pendant de nombreux mois, les Français ont été bercés entre Sarkozy et Royal. Les médias n'ont pas hésité à assommer les électeurs par la peur d'un retour du Front National. Résultat : cette année dans la tête de chacun, il faut être stratégique. Autrement dit, ne pas voter pour ses convictions, mais pour celui qui a ses chances au second tour. Peu importe, finalement, qu'on soit représenté par ses idées. Le débat sur la bipôlarisation de la politique dans les médias, amorcé par Bayrou quelques mois avant le premier tour, n'a pas eu de suite. Les électeurs, avec ou sans opinion politique, se sont fait manipulés. Formatés depuis presque deux ans par le quatrième pouvoir, dans leur tête tout est clair : ça sera soit Sarko, soit Ségo. La France, qui s'est battue pendant des siècles pour la liberté d'opinion, se met toute seule les chaînes aux pieds. A chaque élection, le pays s'enlise encore. Car ici, le berceau de la démocratie, ici où on défendait ardemment ses idéaux, on a oublié pourquoi on avait lutté.
Voter utile, un scandale ! Voter utile, ou autrement dit la fin de l'opinion, la fin de la démocratie. Voter utile pour faire passer à la trappe toutes les chances de la population de s'exprimer pour ses convictions. Car le seul instant où les électeurs français peuvent affirmer librement leur opinion, c'est le jour du premier tour des présidentielles. Il est trop tard.
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