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Images aléatoires

Dimanche 21 janvier 2007

Je m’enfonçai de plus en plus loin dans la ruelle, l’obscurité oppressante me comprimait la cage thoracique et mes jambes, lourdes, me faisaient avancer doucement. Trop doucement. Les râles des hommes, désespérés, assourdissaient mes oreilles, et j’oubliai pourquoi j’étais ici. De nombreuses fois, ma canne heurta un bras, une jambe, et provoquait une émeute dont j’arrivai à sortir rapidement, mon agilité me permettant de me mettre à l’abri. Les quelques reniés se battant dans mon dos me rappelèrent soudain une scène de mon enfance. Le garçon aux yeux tristes m’avait pris la main, ici, pour me faire ressentir plus profondément encore sa détresse. C’est ce détail qui me fit réaliser la bassesse de ma destinée. A cet instant, j’avais voulu parti avec lui, aider à l’insurrection, militer pour la liberté d’un peuple méritant. Je l’aurais suivi partout. J’avais trouvé un compagnon, si personne ne s’était interposé à cet instant. Un hurlement, ma mère, choquée, qui me força à lâcher cette main que j’emmènerai avec moi dans mon cœur. Cette main, symbole de vie. Depuis, j’ai renoncé à mon rêve vagabond, je tue ces gens avec qui j’avais eu la brève occasion de refaire le monde. Ces gens qui ont le courage de nourrir encore en eux de lourdes pensées révolutionnaires.

Alors que l’obscurité, poursuivant la conquête de mon être, envahissait ma tête alourdie par le poids du souvenir, l’envie irrépressible de voir le charbon ardent consumer lentement le cône ocre prenait possession de moi. Le bonheur, la jouissance procurée par ma psyché, l’onde bonifiante se propageant à travers mon corps et mon esprit, cette libération de quelques heures. Plus rien ne me faisait envie. Même l’amour faisait pâle figure face à la passion de la fumée. Le cylindre se consumait lentement maintenant, la lumière ardente se faisait parfois aspirée par le flot de mes pensées. Dès lors, je ressentais le besoin pressant de raviver le feu, de prendre une bouffée d’oxygène supplémentaire quand tout devient noir. L’apothéose, le fin du fin, quand le bonheur se rapproche de l’extase, c’est celle-ci, cette bouffée, la dernière, qui va vous réintroduire lentement jusqu’à la réalité du monde dans lequel vous vivez. Jusqu’au prochain.

Au fil d’une descente lente et tortueuse dans l’enfer de mon être, les souvenirs venaient un à un refaire surface, au bord de l’autoroute cérébrale. Chaque chose prenait son importance, les éléments clés grossis par le temps étaient d’un envahissement agaçant, d’une hautaine présence et les détails s’effaçaient face à cet impétueux dédain qui leur étaient attribué. Et pourtant, ce sont les plus oubliés qui, parfois, sont d’une importance primordiale à l’évolution de votre vie. Ce fût le cas pour moi. Ma vie, ma parodie de chef-d’œuvre, prenait un sens dans les détails. Ma mémoire était en constante activité, mon énergie entière était vouée à retrouver le moindre signe qui puisse me dire que faire, où aller. Depuis des jours déjà, je déambulais dans les rues du vieux Panas, en espérant trouver mon histoire en cherchant celle de cette ville sinistre.

 

Par Estelle Mathieu - Publié dans : Créations
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