J’errais dans ces quartiers gris, de ruelles en avenues, une canne à la main, l’esprit abandonné aux souvenirs de ce cuisant passé. Pourrai-je en supporter davantage ? Aurai-je la force d’aller plus loin encore, repoussant les limites que je me suis imposée ? Ces questions, reflet de mes aventures mémorables, ne trouveront réponse en moi. C’est en chacun de nous tous que je puise ma force, pour vous, pour votre avenir, meilleur peut-être, différent sûrement. En dédiant mes jours à vous, je n’opérais point de sacrifice. Votre avenir me concerne tout autant que notre passé influence nos actes présents. C’est d’ailleurs grâce - ou à cause ? - de ce passé que j’en suis arrivée à ce que je suis maintenant.
Les réponses sont en chacun de vous, et je ne pourrai les connaître car vous n’êtes plus là. Ai-je fait une erreur ? Serai-je pardonnée de mes crimes ? Impossible, plus personne ne peut. Mais le vrai pardon, celui que j’attends, vient de ma conscience. Aucun effort, juste le temps. Je n’ai rien fait d’immoral, c’est elle, ma morale, enfouie au fond de mon être, qui doit se modeler sur mes actes si je veux vivre et survivre de moi-même. Aucun de mes meurtres, aucune de mes bombes, aucuns de mes nettoyages ne doit m’empêcher de me battre dans mon intégralité pour la cause en laquelle je me suis engagée. Pas un regard de souffrance, d’horreur, de désespoir, pas un regard inexpressif de celui qui a tout perdu, pas un bras tendu incitant l’aide que je me refuse de porter, pas une larme, pas un cri ne doit m’arrêter. Ma conscience et ma morale doivent s’unifier à mes convictions pour que l’intégralité de mon être défende la cause pour laquelle j’ai été créée.
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